Chapitre 1: Disparus sans laisser de trace

1) L'actrice

Samedi 26 octobre, 8h. Elena était lovée entre les bras de Danny, ses longs cheveux noirs étendus sur les draps et se mélangeant à ceux, tout aussi sombres, de son compagnon. Ils dormaient tous les deux à points fermés lorsqu’une sonnerie les réveilla en sursaut. Après un instant de stupeur, Danny réussit à attraper son portable sur la table de chevet et décrocha, tandis qu’Elena se retournait dans le lit et enfouissait sa tête sous l’oreiller.

 « Taylor, marmonna-t-il.

- Danny, c’est Sam. Jack veut qu’on soit au Broadway Theatre d’ici vingt minutes.

- Qu’est-ce qui se passe ?

- Une actrice, disparue depuis environ huit heures.

- On arrive.

- Elena est avec toi ?

- Oui, je la préviens, » fit Danny en raccrochant et en se frottant les yeux.

*°*

Danny et Elena arrivèrent ensemble au Broadway Theatre et rejoignirent leur collègue Vivian, petite silhouette se soufflant sur les mains devant l’entrée, enveloppée dans un long manteau aussi blanc que sa peau était noire. Elle les accueillit, eux et Martin, qui portait un bonnet noir sur ses cheveux châtains, et venait lui aussi d’arriver.

« Quel froid polaire, remarqua ce dernier.

- J’avais pas vu ça à NY depuis un bout de temps, confirma Danny, retirant ses gants en entrant dans le théâtre à la suite de Vivian.

Celle-ci les conduisit à la scène déserte, où le metteur en scène répondait aux questions de Jack, le chef de leur équipe, et de Sam, qui avait natté ses longs cheveux blonds. Vivian expliqua la situation aux nouveaux venus :

- Sara Davenport*, une actrice de 30 ans. Vue pour la dernière fois après la représentation d’hier soir, vers 23h30. Elle n’est pas venue répéter ce matin et est injoignable, alors le metteur en scène nous a appelés. Elle joue le rôle titre dans Roméo et Juliette.

- Rien que ça !

- Et ce soir, il y a une autre représentation. Sara remplace déjà l’actrice habituelle, qui s’est cassé une jambe. Trouver une autre doublure capable d’apprendre son rôle en moins de douze heures paraît impossible. Vous imaginez l’état du metteur en scène...

- Donc on doit retrouver leur Juliette. Rapidement.

- C’est l’idée, oui.

A ce moment, Sam s’approcha d’eux.

- Vivian, Elena, vous pouvez aller fouiller chez Sara ? Sur la Cinquième avenue, au 25. Jack veut qu’on interroge les acteurs pendant qu’il vérifie sa loge, dit-elle en se tournant vers Martin et Danny. Ils sont dans les coulisses.

Tout en se dirigeant vers l’arrière de la scène, Martin lui demanda :
- Qu’a dit le metteur en scène ?

- Pas grand-chose. Essentiellement, qu’il faut absolument qu’on retrouve sa Juliette, sinon les pertes financières seraient catastrophiques... Apparemment, ça lui briserait le cœur qu’il lui soit arrivé quelque chose.

- Rien sur les relations entre les acteurs ? Sur la famille de Sara ? s’enquit Danny.

- Il ne lui connaît pas de proches. Pour les acteurs... Des rumeurs sur une vieille histoire entre Roméo et l’ancienne Juliette, celle que Sara remplace. Ah oui, et l’acteur qui jouait Tybalt s’est fait renverser par une voiture il y a un peu moins de deux mois. Délit de fuite, on n’a jamais retrouvé le conducteur. Ils ont dû lui trouver un remplaçant, à lui aussi.

- Etonnant. Y aurait-il une malédiction sur cette troupe ? plaisanta Martin.

- J’allais oublier, reprit Samantha. L’accessoiriste, Casey Stevens, a un casier pour consommation et trafic de drogue, et le metteur en scène a dit l’avoir vu se disputer avec Sara il y a quelques jours.

- Je m’occupe de lui, dit Danny. »

2) L'avocat

Broots entra dans la Cour de justice à la suite de Melle Parker et de Sydney et frotta son crâne dégarni en examinant le hall, bondé. C’était, encore une fois, le hasard qui leur avait permis de retrouver le Caméléon : un journaliste l’avait filmé en arrière plan lors d’un reportage sur une affaire importante jugée dans ce tribunal, et la séquence vidéo était passée à la télévision nationale. Et avait donc, bien sûr, été examinée par le Centre. Voilà comment ils se retrouvaient en Floride, sans autre piste que cet endroit, sans autre certitude que la présence de Jarod deux jours auparavant…

Ou peut-être plus que ça. Broots aperçut un mouvement rapide dans la foule, vers une sortie de secours à l’arrière du bâtiment.

« Melle Parker, bégaya l’informaticien. Là-bas ! »

Sans un mot, la jeune femme se précipita vers la direction indiquée en lançant les clés de la voiture à Sydney, qui soupira et ressortit de la Cour. Il démarra la voiture sans laisser le temps à Broots de boucler sa ceinture, s’engagea dans le trafic et mit cinq minutes à trouver une rue tournant vers l’arrière de la cour de justice et qui ne soit ni trop étroite pour le passage d’une voiture, ni en sens interdit.

Quand ils arrivèrent finalement près de la sortie de secours, ce fut pour trouver une Melle Parker donnant un coup de pied à un sac poubelle avec ses bottines toutes neuves, et s’énervant de plus belle en voyant qu’elle les avait tachées.

« Vous êtes sûr de ne pas pouvoir aller plus lentement ? s’exclama-t-elle dès que Sydney et Broots furent descendus de voiture, passant sa main dans ses cheveux bruns d’un geste rageur. Et maintenant, continua-t-elle sans attendre de réponse, mes bottes sont foutues.

- Vous pourriez peut-être les faire passer en notes de frais, vous ne cr… commença Broots, interrompu par un regard meurtrier.

- Que fait-on ? fit Sydney, plus prudent, une fois la tempête passée.

- Qu’est-ce qu’on peut faire ? s’énerva encore la jeune femme. Inspecter sa planque. Ça ne donnera rien, bien sûr, rien de plus que des fausses pistes et de nouvelles énigmes… mais il faut bien justifier mes notes de frais, pas vrai Broots ? »

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