Chapitre 2: Fouilles

1) « La petite Sara »

« Vous dites que la petite a disparu ? s’enquit la concierge du 25 de l’immeuble situé au numéro 25, sur la Cinquième Avenue, en conduisant les deux agents du FBI à l’appartement loué par Sara Davenport.

- Depuis hier soir, en effet, répondit Vivian. Vous ne l’avez pas vue depuis ?

- Zut, c’est pas la bonne clé, marmonna la vieille femme asiatique. Eh bien… non, la dernière fois que je l’ai vue, c’était quand elle est partie pour le théâtre, vers… 18h, 19h ? Mais je ne me suis pas inquiétée, vous savez, elle rentre souvent assez tard, quand je dors déjà. Je ne l’ai pas croisée non plus ce matin, mais elle part répéter très tôt. J’espère qu’il ne lui est rien arrivé, c’est une fille tellement adorable, dit-elle en ouvrant enfin la porte.

- Nous l’espérons aussi, dit Elena en entrant. Que pouvez-vous nous dire de plus sur elle ?

- Eh bien, elle est arrivée… il y a un peu plus d’un mois, je crois. Elle ne parle pas beaucoup d’elle, je ne sais même pas s’il y a une famille à prévenir… Une fille très discrète, bien comme il faut, et puis serviable… Par exemple, l’autre jour, l’électricité de tout l’immeuble était en panne. C’était un samedi soir, on n’aurait pas pu avoir de réparateur avant le lundi. Sara a jeté un œil sur le tableau et les fusibles, et elle a tout remis en marche !

- Elle s’y connaît en électricité ? s’étonna Vivian tout en scannant du regard l’appartement, pas très ordonné mais dégageant néanmoins une certaine classe.

- Oh, en plus elle est très modeste, quand je lui ai demandé comment elle savait faire ça, elle a simplement dit en plaisantant qu’elle avait dû être électricienne dans une autre vie. C’est ce qu’elle faisait toujours quand on lui posait des questions sur ses qualifications, et tout. D’ailleurs, je n’ai fini par apprendre qu’elle jouait Juliette au théâtre que quand son amie Melle Forest est passée la chercher, vous savez, c’est la productrice de la pièce. Avant ça, j’aurais juré qu’elle était maquilleuse ou figurante !

- Et ces derniers jours, vous n’avez rien remarqué de spécial ?

- Laissez-moi réfléchir… Non, rien de vraiment inhabituel. Bon, elle était très fatiguée depuis une ou deux semaines, mais il faut dire qu’elle travaille tellement !

Elena pénétra dans la chambre, dans le même état étrange que le reste de l’appartement : le lit était fait mais recouvert de papiers, les vêtements étaient pliés mais encore empilés dans une valise, alors que les armoires étaient vides. Sara ne semblait pas s’attendre à rester longtemps.

Une photographie encadrée, un peu jaunie, était posée en évidence sur la table de chevet. Elle représentait un couple dont les visages étaient flous, abîmés. La femme avait de longs cheveux noirs, ses yeux devaient être clairs ; l’homme était de taille moyenne et avait un début de calvitie. C’était tout ce que l’on pouvait discerner.

- La concierge est enfin partie, soupira Vivian en rejoignant sa jeune collègue.

- Hey, elle a sans doute des tas d’informations utiles, plaisanta cette dernière.

- Utiles, je ne sais pas ; au bout du compte, elle ne sait pas grand chose sur Sara.

- Tu as trouvé quelque chose ?

- Eh bien, d’après les provisions de teinture pour cheveux dans sa salle de bains, notre disparue n’est pas brune ! Selon les repères de couleur sur la boîte, je dirais qu’elle a les cheveux blond foncé ou châtain. A part ça, c’est plutôt vide pour une salle de bains de fille, tout comme les placards de la cuisine. Apparemment, elle est fan de sucreries et de légumes bio. Et toi, tu as quelque chose ?

- Peut-être. Je pense que c’est une photo des parents de notre disparue, fit Elena en montrant le cadre. Mais elle date d’au moins vingt ans, alors soit ils sont morts, soit ils ont perdu le contact…

- On peut toujours la ramener au bureau et voir ce qu’il y a à en tirer.

- OK, acquiesça la latino. Pour le reste… Je crois qu’on va en avoir pour un moment, à tout trier… »

2) « Ce cher Jarod »

« Alors comme ça, vous êtes des amis de ce cher Jarod ? s’étonna encore une fois la logeuse de ce dernier en leur ouvrant la chambre qu’elle lui louait.

- Oh oui, de très bons amis, fit Broots.

- On ne peut pas se passer de lui, confirma Melle Parker avec un sourire carnassier, la couleur foncée de son rouge à lèvres faisant ressortir le blanc de ses dents et le bleu glacé de ses yeux.

- Alors vous pourrez peut-être lui faire passer toutes ces affaires qu’il a laissées en partant, reprit la logeuse.

- Sans problème ! répondit Broots. Et, euh… combien de temps a-t-il passé ici, déjà ?

- Un peu moins de trois semaines, si je me souviens bien.

Elle ne semblait pas vraiment convaincue par leurs explications fumeuses ; néanmoins, elle les laissa seuls dans l’appartement, qu’ils commencèrent à inspecter.

- Son carnet est là, intervint Sydney en ouvrant le fameux cahier rouge empli de coupures de journaux, que Jarod laissait à chaque « pretend ». Un garçon du quartier échappe à la drogue, Un délinquant repenti tue un médecin renommé, Le véritable meurtrier du médecin arrêté.

- Encore une bonne action pour le CV de votre Caméléon, réagit Melle Parker avec humeur. Vous voyez quelque chose qui pourrait nous servir ? demanda-t-elle pour la forme.

- Rien de bien inhabituel, répondit le psychologue. Enfin… Pour Jarod. Des tas de sucreries et des manuels de droit, de médecine… Nous devrions peut-être aller interroger le fameux délinquant repenti.

- Comme vous voulez, Freud… Mais je sais déjà ce qu’il va nous dire. Même un crétin peut le deviner, pas vrai Broots ?

- « Jarod est quelqu’un de formidable, il a changé ma vie… » énonça le petit génie de l’informatique, n’ayant pas saisi l’ironie.

- Merci pour la démonstration, » répliqua Parker sous l’œil mi-rieur, mi sévère de Sydney.

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