Chapitre 6: Les amis de Sara

1) La productrice

Dimanche 27 octobre, bâtiment du FBI. Les bureaux étaient quasiment vides, mais l’équipe de Jack Malone avait définitivement renoncé à son week-end. La plupart avaient d’ailleurs à peine dormi – seule Sam était repassée chez elle, pour s’occuper de son bébé et assurer la relève entre sa mère et la nounou.

Alex Coscoda restait introuvable : la visite à son appartement n’avait rien donné – si ce n’est la découverte d’un bazar immonde – et l’avis de recherche à son nom n’avait jusque là suscité aucune réponse.

Quant à Melle Forest, elle venait d’arriver à New York et avait été conduite de l’aéroport LaGuardia directement aux bureaux du FBI, où Danny et Vivian l’interrogeaient depuis une dizaine de minutes – avec l’impression croissante que, pour une raison inconnue, la jolie productrice en savait plus qu’elle n’en disait...

« Comment avez-vous rencontré Sara ? tenta Vivian d’un ton badin.

- Oh, elle m’a bien aidée il y a un an, sur un film que je produisais, commença la rousse en ajustant ses lunettes aux fines montures rectangulaires sur son nez retroussé. Elle faisait partie de l’équipe de tournage, nous sommes devenues amies. Je lui connaissais un certain talent pour jouer la comédie, aussi j’ai pensé à elle tout de suite quand nous n’avons pas pu trouver de remplaçante pour notre Juliette ici à New York.

- Et où ce film était-il tourné ? s’enquit Danny.

- Au milieu du désert, dans le Nevada.

- Vous êtes sûre de ne connaître aucun proche de Sara ? Même un prénom, un lieu qui nous permettrait de remonter dans son passé ?

- Elle parle peu d’elle, et elle bouge beaucoup. Je sais qu’elle n’a pas vu ses parents depuis très longtemps, elle n’a une vieille photo d’eux. J’ignore même s’ils sont encore en vie. Enfin…

- Quoi ? réagit Vivian au quart de tour. N’importe quel détail peut nous aider.

- Il y a bien ce coup de fil que j’ai surpris. Je passais la chercher chez elle pour une sortie entre filles, et sa porte était ouverte. Elle parlait au téléphone…

*°*

* When this began, I had nothing to say, and I'd get lost in the nothingness inside of me
I was confused, and I let it all out to find that I'm not the only person with these things in mind
Inside of me

Le 12 octobre, 20h.

« Non, c’est juste que… disait Sara, parfois j’ai l’impression de n’être à ma place nulle part.
- …

But all that they can see the words revealed is the only real thing that I've got left to feel
Nothing to lose, just hollow and alone, and the fault is my own, and the fault is my own

- Rentrer à la maison, t’en as de bonnes. Rentrer à la maison ! répéta-t-elle, en colère. Comment oses-tu appeler ça une maison, un foyer ? Comment peux-tu croire que je serais mieux là-bas ?
- …

I wanna heal, I wanna feel what I thought was never real
I wanna let go of the pain I’ve held so long, erase all the pain till it’s gone

- Non, tu ne comprends pas. Tu n’as aucune idée de ce que je peux ressentir. Tu as été une bénédiction au milieu de tout ça, ce qui ressemble le plus à un père. Mais ça n’avait rien d’un foyer, et il faut être tordu pour faire subir ce genre de choses à des gosses. On était des gosses ! C’est précisément à cause de vous tous que je ne me sens nulle part à ma place, que je n’ai pas le droit de me poser et simplement de vivre, que je me réveille encore en sursaut, la nuit, articula-t-elle d’un seul trait, sans reprendre sa respiration, la voix cassée. Mes cauchemars sont les pires qui existent : ils ont vraiment eu lieu. Je préfèrerais mourir plutôt que de rentrer « à la maison », assena Sara en raccrochant brutalement.

I wanna heal, I wanna feel like I'm close to something real
I wanna find something I’ve wanted all along… Somewhere I belong!

La productrice attendit un instant avant d’entrer, ne sachant trop où se mettre, triturant l’une de ses mèches rousses en se demandant que faire. Sara eut un haut-le-cœur et se précipita dans la salle de bains.

- Ça va ? s’enquit son amie en passant la tête par la porte, pensant autant au coup de téléphone qu’à la position de Sara, penchée sur le lavabo.

- Oui, répondit Sara. Je crois que j’ai mangé un truc pas frais. Alors, on y va ? »

And I’ve got nothing to say, I can’t believe I didn’t fall right down on my face
I was confused, looking everywhere only to find that it’s not the way I had imagined it all in my mind

*°*

- C’aurait été son père, à l’autre bout du fil ? fit Danny.

- Je ne sais pas, c’est ce que j’ai supposé, répondit Melle Forest. J’ai préféré ne pas l’interroger à ce sujet, vu l’état dans lequel elle s’était mise…

- Eh bien je crois que ce sera tout, reprit Vivian. Merci beaucoup de vous être déplacée.

- Je suis désolée de ne pas pouvoir vous aider davantage. J’espère vraiment que Sara va bien. Vous voudrez bien me tenir au courant de vos recherches ?

- Bien sûr. »

2) Le Marine

« Papiers, s’il vous plaît, réclama le gardien avant de faire passer le visiteur devant le détecteur de métaux en examinant la carte d’identité et les papiers militaires. Le corps des Marines, uh ?

- Eh oui, répondit l’homme en passant une deuxième fois sans sa ceinture, réussissant cette fois l’exploit de ne pas déclencher de bip. Dites-moi, continua-t-il en rebouclant sa ceinture et en récupérant ses papiers, vous ne sauriez pas où se trouvent les bureaux de l’équipe chargée des disparitions ?

- L’agent Malone ? Prenez l’ascenseur jusqu’au dixième étage, son bureau est vers la droite. De toute façon, tous les agents là-bas le connaissent, vous pouvez pas le louper.

- Merci bien », fit le visiteur en se dirigeant vers l’ascenseur.

*°*

Le visiteur trouva en effet sans peine le bureau de Jack Malone – vide.

« Vous aviez besoin de quelque chose ? lui demanda une jeune femme blonde qui s’était arrêtée à sa hauteur.

- Je cherche l’agent Malone. C’est à propos de la disparition de Sara Davenport.

- Oh ? Je suis l’agent Samantha Spade, je travaille sur ce dossier. Et vous êtes ?

- Sergent Jarod Munn*, du Corps des Marines. Je suis un vieil ami de Sara. »

*°*

Jarod remercia l’agent Spade qui lui tendait une tasse de café, et jeta un coup d’œil autour de lui, dans le bureau du chef de l’équipe. Celui-ci n’était ni très rangé, ni franchement en désordre ; deux cadres étaient posés sur le bureau, sans doute des photos de famille ; le reste était très sobre et tout professionnel.

« Désolé de vous avoir fait attendre, s’excusa l’agent Malone en entrant et en s’installant à côté de sa collègue sur le canapé, face à Jarod, assis dans un fauteuil. Vous disiez donc que vous connaissez Sara Davenport ?

- Oui. En fait, nous avons quasiment grandi ensemble.

- Vous l’avez vue récemment ?

- Nous avions un peu perdu le contact, mais nous nous sommes croisés par hasard il y a quelques mois. Je travaillais comme instructeur à Camp Pendelton, en Californie, et elle avait un petit boulot dans le coin.

*°*

So what am I? What do I have but negativity? 'Cause I can't trust to find the way, everyone is looking at me
Nothing to lose, nothing to gain, hollow and alone, and the fault is my own, and the fault is my own

Le 20 juillet, San Clemente, entre Los Angeles et San Diego, près de la base Marine : Camp Pendelton.

Jarod, cuisant sous le soleil dans son uniforme de Marine, marchait dans la rue. Son regard croisa alors celui de Sara, en train d’aider un groupe de paroissiens qui réparaient la façade abîmée de l’église locale. Il s’approcha et l’attendit quelques minutes.

« Ça alors, comme le monde est petit ! s’exclama-t-elle en le rejoignant, essuyant la sueur sur son front. Dis-donc, t’as de l’allure en uniforme, Sergent.

I wanna heal, I wanna feel what I thought was never real
I wanna let go of the pain I've held so long, erase all the pain till it's gone

- Je bosse au camp d’instruction avec les nouvelles recrues. Et toi, qu’est-ce qui t’amène en Californie ?

- Oh, des tas de choses. Mais en ce moment, je suis prof de dessin et de musique au collège de San Clemente, répondit Sara. C’est super de te revoir. On devrait aller prendre un verre.

- D’accord, je t’invite. »

I wanna heal, I wanna feel like I'm close to something real
I wanna find something I’ve wanted all along… Somewhere I belong!

Mais ça ne s’était pas arrêté à un verre, bien sûr. Jarod avait tout naturellement raccompagné Sara chez elle, et arriva ce qui devait arriver…

« C’était sans doute une erreur, énonça Sara à l’aube, lovée dans les bras de Jarod.

- Une erreur agréable, souffla-t-il en lui caressant la joue.

- Oui, sourit-elle. Mais ça donne de l’espoir, et ça ne peut que nous faire souffrir.

- Alors quoi ? On arrête là, on se quitte en amis et on reprend nos vies avant qu’il ne soit trop tard?

- C’est déjà trop tard, soupira-t-elle... Depuis des années. »

I will never know myself until I do this on my own
And I will never feel anything else until my wounds are healed
I will never be anything till I break away from me
I will break away and find myself today… *

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