Chapitre 7: Vérité maquillée

1) L'enfance de Sara

Alors que le Sergent Munn semblait pensif, Sam vit Vivian et Danny raccompagner une femme rousse, la productrice de Roméo & Juliette, jusqu’à l’ascenseur. Elle redirigea son attention vers le Marine, qui reprenait ses esprits.

«  Ça a toujours été compliqué entre nous, soupira-t-il. Comme je vous l’ai dit, on a grandi ensemble. On s’est toujours sentis tiraillés entre l’amour fraternel et… l’amour tout court.

- Excusez mon indiscrétion, mais d’après ce que nous savons, l’enfance de Sara n’a pas été particulièrement heureuse.

- C’est un bel euphémisme. Nous avons tous les deux vécu dans une sorte de… foyer d’accueil, on l’appelait le Centre. Je crois que c’est ce qui nous a empêchés de vivre ensemble jusqu’ici. Vous voyez… nous sommes, en quelque sorte, à la fois la seule personne au monde capable de comprendre l’autre… et celle qui lui rappelle le plus de mauvais souvenirs.

- Nous avons aussi entendu parler d’un homme que Sara considérerait comme un père, avec qui elle entretiendrait des relations compliquées… Vous voyez qui cela pourrait être ? s’enquit Jack.

- Sans doute Sydney. Il était… éducateur, au Centre. C’est effectivement la personne qui se rapproche le plus d’un père pour nous deux, le seul là-bas qui nous ait accordé une attention véritable, bien que bridée par son professionnalisme.

- Comment Sara est-elle arrivée dans ce foyer ? interrogea Samantha.

- Ses parents sont morts. Un accident de voiture, je crois. Elle avait à peu près cinq ans. A l’époque, je devais en avoir huit ou neuf, et j’avais été retiré à mes parents depuis déjà quatre ou cinq ans.

- Plus nous en saurons sur Sara, et plus nous aurons de chances de la retrouver, expliqua Sam. Je sais que c’est sans doute difficile d’en parler, mais qu’avez-vous vécu exactement dans ce « Centre » ?

- Pas d’abus physiques, répondit le Sergent. Mais pas d’amour non plus. Comment vous dire… ? Nous étions prisonniers, coupés du monde, avec des responsabilités trop importantes pour notre âge.

*°*
* Is it hard to go on, make them believe you are strong
Don't close your eyes

Environ vingt-cinq ans plus tôt, au Centre.

Jarod était assis, seul, à une table, dans une pièce vide et sombre ; il dessinait. Il entendit un bruit.

« Angelo, c'est toi ?

Celui-ci ne pipa pas mot, se contentant d'attraper la manche de Jarod pour l'entraîner à sa suite.

- Attends, où on va ?

- Sara... Sara a peur. Triste.

- Sara ?

- Nouvelle. Sara, peur, triste, répéta Angelo en tirant sur la manche de son ami.

- D'accord, d'accord, je viens. »

All my nights felt like days, so much light in every way…
Just blink an eye

Angelo s'éclipsa en un souffle après avoir guidé Jarod jusqu'à une autre pièce. Ce dernier ne remarqua d'abord rien dans la pénombre, avant d'entendre un sanglot. Ses yeux s'adaptant à l'obscurité, il finit par discerner une toute petite fille recroquevillée dans un coin.

« Salut, fit-il, embarrassé, en s’asseyant près d’elle. Tu es toute seule ?

Elle leva vaguement les yeux vers lui et son cœur chavira à la vue de ce raz-de-marée de larmes.

- Tu t’appelles Sara, c’est ça ? Moi c’est Jarod, dit-il en passant un bras autour de ses épaules. Ça va aller, tu vas voir. Ça va aller. »

I used to be someone happy, you used to see that I'm friendly
*°*

Le Sergent Munn ravala sa salive, apparemment très affecté par ce récit, avant de risquer :

- Je sais que vous ne pouvez pas me raconter précisément ce que vous avez trouvé, mais… Est-ce que vous pensez que Sara va bien ?

Sam et Jack se concertèrent du regard.

- Notre principal suspect s’appelle Alex Coscoda, énonça Samantha. Il travaillait avec Sara et semble avoir disparu lui aussi. Il est possible qu’elle ait compris qu’il était responsable d’un accident de voiture avec délit de fuite. Honnêtement, nous ne pouvons pas être sûrs que votre amie soit encore en vie. Mais nous faisons tout notre possible pour la retrouver.

- Merci, dit simplement le Marine. Je vais devoir vous laisser.

- Merci pour votre aide, fit Jack en lui serrant la main.

- J’aimerais faire plus… » répondit Jarod, songeur.

2) La nature du Centre

Entre deux crises de paniques causées par l’éventualité de froisser l’Homme aux Neuf Doigts ou la Blonde à la Sucette, Broots avait réussi à pirater le serveur du FBI depuis l’avion qui les conduisait, Melle Parker, Sydney et lui, vers New York City.

Ils étaient ainsi au courant de toutes les découvertes du FBI, qui s’approchait dangereusement de la vérité sans même le savoir – que le carnet violet de Sara leur soit tombé entre les mains était déjà fort fâcheux, mais il était à peu près certain qu’ils avaient aussi trouvé les DVDs de ses simulations parmi ses affaires personnelles. S’ils les avaient visionnés, le scandale aurait déjà éclaté ; mais les récupérer au plus vite faisait partie de leurs objectifs prioritaires. Juste après la capture de Sara et l’emmerdement maximum de Brigitte et Lyle, selon les mots de la sœur de ce dernier…

Ils allaient atterrir. Broots réprima l’envie de vomir que les trajets en avion déclenchaient quasiment toujours en lui – c’était bien sa chance d’avoir trouvé le seul emploi d’informaticien qui exigeait de le prendre quasiment une fois par semaine, aller et retour – quand il vit clignoter une alerte sur son ordinateur portable.

All your smiles, all is fake, let me come in I feel sick
Give me your arm…

« M… Melle Parker, balbutia-t-il. J-Jar… Jarod a p-p…

- Broots, pour l’amour du ciel, calmez-vous, réagit cette dernière. Qu’y a-t-il ?

- Jarod est à N… New-York. Il a… il a parlé avec le FBI.

- Quoi ?! s’étonna Parker.

- Sous quelle identité ? interrogea Sydney, beaucoup plus calme.

- Sergent Jarod Munn, du Corps des Marines, répondit Broots.  Apparemment, il est encore sur place.

- Ça ne vous surprend pas ? demanda Melle Parker au psychologue, presque énervée par tant de flegme

- D’une certaine façon, il fallait s’y attendre : Jarod aussi a dû regarder les infos, voilà tout. Il suffit qu’il ait été plus proche de New York que nous…

- Ou ait eu un pilote plus nerveux, répliqua-t-elle pour le plus grand plaisir de Broots – tant qu’elle s’énervait sur quelqu’un d’autre, ce n’était pas sur lui… même s’il trouvait quant à lui la conduite de leur pilote bien assez sportive.

- Du calme, Parker, l’exhorta Sydney. C’est plutôt une bonne nouvelle : s’ils sont dans la même ville, nous pourrons peut-être faire d’une pierre, deux coups, et ramener à la fois Sara et Jarod. »

*°*
From the shadow to the sun, only one step and you're burned
Don’t stay too high…

Vingt minutes plus tard – après moult jurons de Melle Parker adressés, entre autres, au personnel de l’aéroport, aux agences de location de voiture, aux taxis, aux embouteillages et aux détecteurs de métaux des bâtiments fédéraux – le trio pénétra dans l’immeuble du FBI. Parker avait laissé Sam et un autre nettoyeur, qui les avaient accompagnés, aux sorties du bâtiment, au cas où Jarod soit toujours à l’intérieur et leur échappe.

Grâce aux informations récoltées par Broots sur l’identité de Jarod, Melle Parker avait pu piocher dans sa collection de faux papiers trois plaques d’agents du NCIS*. Ajoutez un mandat d’arrestation au nom du très imaginaire Sergent Munn, et le FBI n’aurait aucune raison d’entraver leur route.

La démarche de Parker était à elle seule assez ostensiblement agressive pour qu’un agent corpulent portant l’uniforme réglementaire du FBI, costume et cravate noirs sur chemise blanche, s’approche.

« Agents Parker, Sydney et Broots, NCIS, aboya-t-elle. Nous recherchons le Sergent Jarod Munn.

- Je suis l’agent Malone, je dirige ce service. Votre homme était ici, mais il est parti il y a quinze minutes.

- Broots, retrouvez-le-moi, ordonna Parker de façon d’autant plus convaincante que c’était sa technique de communication habituelle. Caméras de surveillance, et cætera. Il ne peut pas être allé bien loin.

I used to be someone happy, you used to see that I'm friendly

- Puis-je vous demander ce que vous lui voulez ? s’enquit l’agent Malone.

- Cet homme n’est pas un Marine. Cela fait des mois qu’il se promène sur tout le territoire en se faisant passer pour tel, sous plusieurs noms différents. Il ne reste jamais assez longtemps au même endroit pour qu’on l’arrête. D’ailleurs, nous allons avoir besoin de savoir précisément ce qu’il vous a dit.

- Pas grand chose en rapport avec votre enquête, j’en ai peur, répondit Malone. Il nous a parlé d’une amie à lui, Sara Davenport, qui a disparu.

- Nous avons des raisons de croire que cette jeune femme pourrait être mêlée à ses délits, réagit Sydney. Avez-vous trouvé quoi que ce soit qui sorte de l’ordinaire, dans ses effets personnels ? Je pense notamment à des micro-DVDs que Munn a dérobé à la Navy et que nous n’avons jamais retrouvés.

- Ça ne me dit rien, dit l’agent Malone.

- Si c’était le cas, contactez-nous immédiatement, reprit Parker en lui tendant une carte avec un numéro de téléphone. Et ne les visionnez surtout pas. Il s’agit de documents Secret Défense.

- Compris, répondit l’agent du FBI. Nous vous tiendrons au courant, » continua-t-il – une façon comme une autre de les mettre à la porte.

*°*
Is it why, in your tears, I can smell the taste of fear ?
It's all around...

En sortant de l’immeuble du FBI, Jarod s’était aussitôt dirigé vers l’hôpital où Tyson Reese était soigné. Il avait en effet eu le temps de faire de petites recherches sur la troupe de théâtre de Sara, pendant le voyage jusqu’à New York, et son entretien avec les agents du FBI n’avait fait que confirmer ce qu’il supposait déjà – Coscoda était responsable de l’état de Tyson, et avait même sans doute provoqué l’accident volontairement.

Ce que Jarod savait, contrairement au FBI, c’était que Sara n’était pas une simple comédienne ; elle était venue ici dans le but précis de démasquer le responsable de l’ « accident ». Et si Coscoda était introuvable, c’était sans doute qu’elle avait réussi.

All my laughts, all my wings, they are graved inside your ring
You were all mine…

Depuis son évasion, Sara avait adopté un mode opératoire similaire à celui de Jarod ; le principe de base étant de faire avouer les coupables en leur faisant vivre ce qu’ils avaient fait vivre à leurs victimes. Il ignorait en quoi exactement cela consistait dans ce cas précis, mais son esprit fonctionnant comme celui de Sara, il pouvait deviner beaucoup de choses. Que la personne au chevet de Tyson Reese aurait des informations utiles pour lui, par exemple.

Il entra dans la chambre. Tyson reposait, immobile, sur le lit. Il respirait seul et ses blessures externes étaient en bonne voie de guérison, mais les écrans affichant ses constantes dépeignaient assez clairement un coma de stade 3. La visiteuse, assise dos à la porte, tenait la main du blessé et lui chuchotait des mots à l’oreille. En s’approchant, il vit nettement le plâtre enserrant la jambe droite de la jeune femme.

« Bonjour, Natisha. »

I used to be someone happy, you used to see that I’m friendly *

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