Chapitre 9: A la croisée des routes

« C’est vrai, je l’ai tabassé ! Mais ça ne l’a pas découragé, ni pour Nat’ ni pour prendre ma place dans la troupe. Il fallait bien que je fasse quelque chose… Alors j’ai loué une voiture à Jersey City sous un faux nom, et j’ai attendu Reese le soir pour le renverser. Je voulais pas faire de mal à Nat’, j’avais juste pas prévu qu’elle se jette sous la voiture pour sauver ce con.

- C’est toi aussi qui avais mis le sachet de coke dans le casier de Casey ?

- Euh… ouais. J’ai cru que c’était à cause de lui que tu me calculais même pas… »

*°*
* I took a walk around the world to ease my troubled mind
I left my body laying somewhere in the sands of time

Sam écarquilla les yeux, secouant sa chevelure blonde d’un air incrédule.

« Encore un type bien frappé, commenta-t-elle. On sait comment Sara lui a arraché ces aveux ?

- Ça ne figure pas sur la cassette. Mais ceci, nous donne une petite idée, continua Martin en relançant la vidéo.

*°*

Sara repassait devant la caméra et soulevait une seringue posée sur la table de chevet, un peu trop nonchalamment au goût de Coscoda.

« Eh ! Fais attention, avec ça !

- Pourquoi ? s’étonna Sara, la perplexité de son regard démentie par un sourire mutin. C’est du sérum phy. »

Alex la fusilla du regard, stupéfait, tout en essayant de s’extraire de ses liens.

*°*
But I watched the world float to the dark side of the moon
I feel there is nothing I can do, yeah

- De toute évidence, il s’attendait à autre chose, fit Samantha. Bon, récapitulons, après la représentation Sara piège Alex d’une façon ou d’une autre, l’attire dans ce motel et lui fait le coup de la seringue contenant je ne sais quel poison mortel. Elle enregistre ses aveux et le laisse fulminer, pensant sans doute appeler les autorités un peu plus tard. Et pour une raison inconnue, elle n’a pas l’occasion de le faire et décampe sans repasser par son appartement – ou sans avoir le temps d’y récupérer quoi que ce soit. Pourquoi ?

- Apparemment, des gens pourchassent Sara comme Jarod, avança Martin. Peut-être que l’équipe du faux NCIS, ou d’autres personnes non moins mal intentionnées, l’ont repérée ici à New York.

- On a une piste, intervint Jack, que Vivian venait de mettre au courant sur le Centre et l’enfance de Sara. Encore un coup de fil anonyme, dont je suspecte Jarod d’être l’auteur. Cette fois, c’est à Secaucus, New Jersey. Un ensemble d’entrepôts. »

*°*
I watched the world float to the dark side of the moon
After all I knew this had to be something to do with you

Sara avait trouvé refuge dans le Good Fella’s Deli, un café restaurant situé dans un quartier résidentiel à proximité des entrepôts. Elle avait commandé des frites avec le peu de liquide qu’elle avait sur elle, pour qu’on la laisse rester assise là quelques minutes. C’est en croquant la première par automatisme qu’elle s’aperçut qu’elle n’avait pas mangé depuis vendredi soir.

C’est alors qu’elle discerna à travers la vitrine une voiture noire ressemblant fort à celles du Centre. Elle se dirigea vers les toilettes et, se retournant une dernière fois avant que la porte battante se referme, aperçut les cheveux blonds et courts de cette chère Brigitte. Comment l’appelait Parker, déjà ? La Sorcière à la Sucette. Cela lui allait décidément comme un gant…

Sara bénit le constructeur qui avait eu l’idée d’installer un large velux qui s’ouvrait au-dessus des lavabos des toilettes. Il lui suffit d’un peu d’escalade sur ces derniers pour se hisser à travers l’ouverture et retomber à l’extérieur, à l’arrière du restaurant. Elle courut alors en direction des entrepôts, sa meilleure chance pour semer rapidement ses poursuivants.

Elle atteignait les premiers camions garés par rangées devant un entrepôt, quand elle vit Lyle arriver par le côté. Ils s’étaient séparés ! Le jumeau de Melle Parker dirigeait un pistolet vers elle, mais elle profita de son élan pour foncer sur lui et lui assener un coup de coude dans le ventre. Puis elle saisit son bras et le cogna contre la cabine d’un camion tout proche jusqu’à ce qu’il lâche son arme, déclenchant au passage un coup de feu. Elle la ramassa, l’en menaça et escalada les marches vers la cabine du camion – en espérant que son réservoir soit bien plein.

Une voiture noire arriva sur les chapeaux de roue, freina brusquement dans un dérapage plus ou moins contrôlé et ouvrit ses portières sur la Sorcière.

*°*
I really don’t mind what happens now and then
As long as you'll be my friend in the end

L’équipe du FBI était arrivée à Secaucus mais ne savait pas où chercher. Même en se limitant au parc d’entrepôts, tout fouiller aurait pris des jours, même avec des renforts.

Il faisait froid ce jour-là, et même très froid pour un mois d’octobre dans le New Jersey. Ce détail a son importance, car le bruit se propage d’autant mieux que la température est basse, et il se propage également mieux sur une surface « réfléchissante » comme le béton ; les agents, en train de se disperser dans les trois kilomètres carrés de terrain recouvert d’entrepôts, entendirent donc pour la plupart distinctement une détonation provenant de l’extrémité Est du parc d’entrepôts.

« On est sur Metro Way, annonça Jack par radio pendant qu’Elena, au volant, effectuait un demi-tour sportif et coupait à travers les terrains nus. On se dirige vers l’origine du coup de feu. Quelqu’un est plus proche ?

- On remonte Jefferson Avenue, répondit Martin, je crois que ça venait de l’intersection avec Co Avenue. »

Quand Jack et Elena arrivèrent sur place, Sam venait d’arrêter son véhicule et Martin en sortait l’arme au poing. Les deux agents les rejoignirent. Une troisième voiture était arrivée avant eux. Sara était perchée à la porte de la cabine d’un camion, et tenait en joue une femme aux cheveux blond platine, qui la menaçait elle aussi d’un pistoler. Un troisième larron était allongé au sol à côté du camion, quasi inconscient.

*°*
If I go crazy then will you still call me Superman
If I’m alive and well, will you be there holding my hand
I’ll keep you by my side with my superhuman might
Kryptonite

 « FBI ! cria Jack. Les armes au sol et les mains en l’air.

Aucune des deux jeunes femmes ne bougea un muscle. Pendant ce temps, la voiture de Danny et Vivian, qui patrouillaient plus au Nord, approchait.

- Bon, écoutez, reprit Jack avec ses mains en porte-voix. Aucun de mes agents n’a dormi depuis trente-six heures, et ne parlons même pas de nos plans pour le week-end. Alors si vous ne posez pas vos armes maintenant, on vous tire dans les genoux et on n’en parle plus.

- Toi d’abord, dit la femme blonde à Sara en tournant obstinément le dos aux agents.

- Dans tes rêves, répliqua la fausse brune.

Brigitte finit par s’exécuter, et Martin lui passa les menottes sans ménagement. Alors, et seulement alors, Sara remit la sécurité du pistolet emprunté à Lyle, et le rendit à celui-ci en pièces détachées.

- Ouch, fit-il en recevant les morceaux jetés par sa proie, toujours semi-conscient.

- Je déteste les armes, grimaça Sara comme une excuse, descendant de son perchoir.

- Nous vous cherchons depuis un bon moment, prononça simplement Jack pendant que Martin et Danny conduisaient Brigitte et Lyle dans une des voitures du FBI.

- J’ai bien peur que Sara Davenport n’existe même pas, répondit-elle avec un sourire désolé.

- Nous avions compris, fit Sam. Nous avons bien trouvé votre petit cadeau.

- Oh, Alex ? Vous parlez d’un cadeau, celui-là, s’exclama Sara en levant les yeux au ciel… Alors, quelle est la suite du programme ? Vous m’arrêtez pour usage de faux ?

*°*
You called me strong, you called me weak
But still your secrets I will keep

C’est alors qu’une cinquième voiture noire pénétra le parking de l’entrepôt, de façon tout aussi précipitée que les précédentes – le propriétaire retrouverait des traces de gomme un peu partout, le lendemain matin. En sortirent les trois faux agents du NCIS. Sara regarda tout autour d’elle sans trouver d’échappatoire.

- Cette fois, je te tiens, cria Melle Parker.

- Vraiment ? s’enquit l’agent Malone. J’avais l’impression que tout ceci était de la juridiction du FBI, agent Parker. Le NCIS n’a rien à faire ici, et le Centre encore moins.

Tout le monde sursauta à ce nom. Lyle et Brigitte, dans la voiture à la portière encore ouverte, semblaient les plus agités, et Melle Parker laissa échapper un juron ; Broots s’affola, ce qui ne représentait pas un changement si radical par rapport à son état  « normal » ; quand à Sydney, il conserva un sourire flegmatique. Celui de Sara, par contre, était clairement ironique.

- NCIS, huh ? demanda-t-elle.

Parker s’était approchée et rendit son sourire à Sara, ses yeux restant de glace. Elle tendit alors une feuille de papier à Jack Malone.

- Voici un mandat d’arrestation au nom de Sara Davenport, pour complicité avec le Sergent Jarod Munn dans des affaires d’usurpation d’identité et de vol.

L’agent du FBI examina attentivement le mandat. Il ne pouvait être que faux… Quoique, il ne connaissait rien des liens éventuels de ce « Centre » avec les autorités. Que faire ?

You took for granted all the times I never let you down
You stumbled in and bumped your head

- Cela concerne aussi ces deux-là ? demanda-t-il, espérant gagner un peu de temps.

Melle Parker jeta vaguement un regard dans la direction de Lyle et Brigitte, qui semblaient espérer naïvement qu’elle vienne à leur rescousse, puis répliqua d’un ton dédaigneux :

- Jamais vus. Je vous les laisse volontiers.

- Ne les laissez pas m’emmener, souffla Sara sur un ton suppliant.

L’équipe du Centre sembla surprise par cette intervention qui ne ressemblait pas beaucoup à Sara, si habituée à se débrouiller seule et ne mettre personne en danger… C’est en sondant le fond de ses yeux humides que Samantha comprit tout. Pas l’agent du FBI, mais la mère en elle…

Sara s’accrocha à son regard comme à une bouée de sauvetage, semblant hurler Tout, mais pas mon enfant. Cela expliquait bien des choses… Sam articula simplement :

- Jarod ?

- Qui d’autre ? fit Sara en haussant les épaules.

Broots et Melle Parker se regardèrent d’un air perplexe, ne comprenant pas plus que les autres agents du FBI. Sydney, quant à lui, ne semblait pas surpris ; mais avec lui, on ne savait jamais. Parker décida d’ignorer les questions qui se bousculaient dans son esprit pour se concentrer sur la mission : ramener Sara.

- Allez, Caméléon de mon cœur, on arrête de faire des histoires et on rentre à la maison. Si notre avion n’a pas de retard, tu retrouveras ta chambre dès ce soir.

*°*
If not for me then you’d be dead
I picked you up and put you back on solid ground

C’est à cet instant qu’une détonation résonna dans l’air, au sud. Puis une seconde, au nord. De leur position, aucun des participants à cette réunion Centre - FBI ne pouvait voir l’origine de ces explosions, mais il s’agissait de toute évidence au moins de grenades. Branle-bas de combat, vérification du périmètre ; mais plus aucun bruit, plus rien.

Tout le monde se demandait quoi faire quand Sara eut une réaction des plus étranges : elle plaça ses mains sur son visage de façon à cacher ses yeux avec ses doigts, et à boucher chacune de ses oreilles avec son pouce.

Parker n’eut pas le temps de réagir que, déjà, une grenade atterrissait près d’elle. Pas une grenade explosive mais un « flash-bang », qui assourdit et aveugla toutes les personnes présentes grâce à une détonation sonore et à une lumière vive – toutes, sauf Sara, qui s’y était préparée. En effet, parmi les quelques simulations communes à Jarod et elle, il y avait l’élaboration d’un plan de ce type, les deux premières explosions servant à détruire des points stratégiques – mais ici, le seul but en était d’avertir Sara.

Quand Sara rouvrit ses yeux et ses oreilles, elle entendit le vrombissement d’un moteur, quelques secondes avant de voir la moto dont il provenait. Une moto conduite par Jarod, et qui fonçait droit sur eux. Elle courut vers lui tandis qu’il dirigeait un revolver vers le petit groupe – ou plus spécifiquement, Brigitte et Lyle d’une part, et Parker de l’autre.

Jarod tendit l’arme à Sara pendant qu’elle montait en selle derrière lui, et démarra sans attendre. Les autres commençaient tout juste à se ressaisir, et Sara tira deux coups de feu au sol, devant les pieds de Melle Parker puis devant la voiture où se trouvaient Brigitte et Mr Lyle, histoire de décourager tout mouvement.

Tandis que Jarod accélérait en sortant de Secaucus et en se dirigeant vers l’autoroute, Sara resserra encore un peu son étreinte sur lui et reposa sa tête sur son dos.

If I go crazy then will you still call me Superman
If I’m alive and well, will you be there holding my hand
I’ll keep you by my side with my superhuman might
Kryptonite
*
*°*

Jarod et Sara avaient abandonné la moto rapidement et embarqué dans un train pour Boston. De là, ils iraient à l’Ouest, vers les Grands Lacs, Cleveland et Chicago ; ou au Nord, vers le Canada et Montréal ; ou plus loin encore, s’ils le souhaitaient.

En attendant, ils étaient là, assis sur une banquette, serrés l’un contre l’autre, à regarder le coucher de soleil à travers les vitres sales du train.

Après des heures de silence, Sara finit par souffler :

«  Il y a quelque chose que je voulais te dire…

- Je sais, répondit simplement Jarod en effleurant de la main le ventre de sa compagne. »

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