Prologue: Tellement de mensonges

1) La disparition de Juliette

Vendredi 25 octobre, 23h. Au Broadway Theatre, c’était la première de Roméo et Juliette, pièce adaptée de Shakespeare et jouée par la troupe Lester. La représentation touchait à sa fin ; sur scène, Roméo reposait au sol et Juliette s’éveillait.

« Mais qu’est ceci ? Une coupe qu'étreint la main de mon bien-aimé ? C'est le poison, je le vois, qui a causé sa fin prématurée. L'égoïste ! Il a tout bu ! Il n'a pas laissé une goutte amie pour m'aider à le rejoindre ! Je veux baiser tes lèvres : peut-être y trouverai-je un reste de poison dont le baume me fera mourir…

Elle l’embrassa. Les gardes arrivaient.
- Tes lèvres sont chaudes... Du bruit ! Hâtons-nous donc ! dit-elle en saisissant le poignard de Roméo. Ô heureux poignard ! voici ton fourreau… Rouille-toi là et laisse-moi mourir ! dit-elle, plantant l’arme dans sa poitrine.
Elle tomba sur le corps de Roméo, morte. Les gardes entrèrent.

Garde : Spectacle navrant ! Voici le comte assassiné… et Juliette en sang !… chaude encore !… morte il n'y a qu'un moment, elle qui était ensevelie depuis deux jours !… Allez prévenir le Prince, courez chez les Capulets, réveillez les Montagues…

Le Prince entra, bientôt suivi des Capulets et des Montagues, et le frère Laurence expliqua toute l’histoire aux deux familles dévastées. Et enfin, la dernière réplique :

Le Prince : Capulet ! Montague ! Voyez par quel fléau le ciel châtie votre haine : pour tuer vos joies, il se sert de l'amour !… Et moi, pour avoir fermé les yeux sur vos discordes, j'ai perdu deux parents. Nous sommes tous punis. Cette matinée apporte avec elle une paix sinistre, le soleil se voile la face de douleur. Partons pour causer encore de ces tristes choses. Il y aura des graciés et des punis. Car jamais aventure ne fut plus douloureuse que celle de Juliette et de son Roméo. »

* There’s a pain that sleeps inside, it sleeps with just one eye
And awakens the moment that you leave

Un tonnerre d’applaudissements résonna dans la salle, les spectateurs se levèrent et les lumières se rallumèrent. Roméo et Juliette se relevèrent pour saluer avec le reste de la troupe.

Juliette, ou plutôt Sara, adressa un grand sourire au public avant de ramasser une rose lancée par un spectateur et d’envoyer un baiser de la main en écartant gracieusement ses cheveux bruns de son visage.

Though I try to look away, the pain it still remains
Only leaving when you’re next to me

 Sara sortit de sa loge, et s’apprêtait à ouvrir la porte de service quand la costumière, Stella, l’interpella :

 « Félicitations, la représentation était très réussie. Un triomphe ! Tu fais vraiment une excellente Juliette.

 - Merci ! On se voit demain, » dit-elle en souriant avant de partir.

 Mais une fois dehors, le visage de Sara s’assombrit. Tellement de mensonges... Elle soupira et commença à marcher, se retournant comme si elle craignait d’être suivie. Puis elle disparut dans la nuit.

Do you know, that everytime you're near
Everybody else seems far away
So can you come and make them disappear
Make them disappear and we can stay…

2) La fuite du Caméléon

A bien des kilomètres de là, dans le hall d’une cour de justice de Floride…

« Je ne sais pas comment vous remercier, Jarod, s’exclamait une petite femme énergique aux cheveux gris, s’adressant à un homme brun en tenue d’avocat et aux yeux foncés. Vous avez tant fait pour mon fils…

- Gloria, je n’ai fait que mon travail, répondit-il avec un sourire qui avait quelque chose d’enfantin. Et voir un innocent relâché est une récompense bien suffisante, ajouta-t-il avec une telle lueur dans les yeux qu’on ne pouvait que le croire.

- En tout cas, si vous avez besoin de quoi que ce soit un jour, n’hésitez pas ! »

So I stand and look around, distracted by the sounds
Of everyone and everything I see…

C’est alors que l’homme perçut le mouvement des grandes portes du hall et l’entrée de trois individus mal assortis : une femme brune en bottes hautes et jupe courte, avec les lèvres rouge sang ; un homme d’un certain âge, à l’allure distingué ; et un individu plus jeune et presque chauve, vêtu d’une chemisette à carreaux. Ils balayèrent la salle des yeux, l’une d’un regard perçant comme une dague, le second avec flegme, et le dernier, de coups d’œil apeurés qui lui donnaient l’allure d’une proie plus que d’un chasseur.

Jarod ne s’attarda pas à les observer plus longtemps – c’était lui, leur gibier. Il s’esquiva par la sortie de secours et enfourcha la moto qu’il avait pris soin d’y placer. Après un démarrage en trombe, il s’engagea dans des ruelles bien trop étroites pour les voitures noires du Centre puis se dirigea vers la sortie de la ville.

And I search through every face, without a single trace
Of the person, the person that I need...

La fuite, encore et toujours… Aider, s’attacher un peu, et partir. Irrémédiablement. Et tellement de mensonges sur la route…

Do you know, that everytime you're near
Everybody else seems far away
So can you come and make them disappear

Make them disappear and we can stay…*

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